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L’hypnose n’est pas une technique!

Mis à jour : 12 févr. 2019

C’est un état naturel qu’il est possible d’apprivoiser et de raffiner.



Pour se mettre dans le contexte!


Le terme « Hypnose » est proposé par le Baron Hénin de Cuvillers en 1819. Ce terme sera popularisé rapidement par James Braid en 1843 dans son premier livre sur le sujet : Neuro-hypnose. C’est alors qu’en France, va débuter ce que l’on va nommer l’âge d’or de l’hypnose (1882 à 1892).


Dix années qui vont voir s’affronter deux écoles et naître la majorité des tendances thérapeutiques actuelles de la psychanalyse, au Behaviorisme en passant par le Mentalisme et la Programmation Neurolinguistique. Dès lors, ce sera la course à l’enregistrement des noms les plus variés, s’appropriant une facette de l’hypnose sans vouloir la considérer, vraiment, dans sa totalité.


"ce que l’on nommera désormais « hypnose » existe depuis la nuit des temps."

Pourtant, ce que l’on nommera désormais « hypnose » existe depuis la nuit des temps :


· Un manuscrit cunéiforme décrit, voilà 6000 ans, en Mésopotamie des guérisons obtenues grâce aux États Modifiés de Conscience.


· Une stèle découverte par Musès en 1972 et datant de l’Égypte de Ramsès II, 20ème dynastie, décrit une séance « d’hypnose ».


· Un manuscrit découvert en Égypte au IIIème siècle (traduit et publié par Emil Brugsch en 1893) relate l’existence de « temples du sommeil » où les prêtres parlaient à l’oreille de leurs patients assoupis, leur offrant de « douces paroles de guérison ».


· Quant à Socrate, et a son « terpnos logos » il évoque des coutumes de soins et des rituels qui prônent le pouvoir de « guérir avec les mots ».


L’étonnant est que, dès le départ, on ne met nullement en doute l’efficacité de cette hypnose déjà largement utilisée comme anesthésique sur les champs de bataille.


Par exemple James Esdaile[1], jeune chirurgien de Calcutta pratique, en avril 1845, sa première opération chirurgicale sous anesthésie hypnotique. En sept ans, il réalisera plus de 200 interventions : amputations, tumeurs abdominales, mammectomie, calculs rénaux. Il décrit ses expériences dans un ouvrage qui paraîtra en 1852, pratiquement en même temps que l’apparition du protoxyde d’azote, suivi de peu par le Chloroforme, évinçant désormais l’hypnose des urgences.


En fait, le premier litige qui agite cette hypnose naissante porte sur l’usage conjoint ou séparé du magnétisme et de la suggestion. L’école de Nancy l’emportera sur ce point avec la mise en évidence du rôle majeur de la parole.


Étrangement, à notre époque, ce qui impressionne encore et toujours demeure l’anesthésie hypnotique. Un anesthésiste, formé à l’hypnose, parle à l’oreille d’un patient en lui racontant une histoire convenue à l’avance, mais en termes tellement absorbants que le patient entre en « dissociation » et subit une opération cardiaque sans broncher. Et les cas similaires se multiplient : ablation d’un sein, intervention au cerveau, etc.

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Des opérations du cœur sous hypnose | Médium large


Comme le mentionnent A.Vanhaudenhuyse, S.Laureys et M.E. Faymonville dans une étude de 2013 publiée à Liège en Belgique :


« Différentes études ont mis en évidence une modification de l’activité cérébrale au niveau des réseaux interne (conscience de soi) et externe (conscience de l’environnement). Par ailleurs, les mécanismes cérébraux qui sous-tendent la modulation de la perception de la douleur sous hypnose comprennent des régions telles les cortex cingulaire antérieur et frontal, les ganglions de la base et le thalamus. Combinée à une anesthésie locale et une sédation consciente chez les patients subissant une chirurgie, l’hypnose est également associée à une amélioration péri et postopératoire du confort des patients et des chirurgiens. Enfin, l’hypnose peut être considérée comme un outil utile pour créer des symptômes de conversion et de dissociation chez des sujets sains, ce qui permet de mieux caractériser ces troubles en mimant des observations cliniques similaires.» [2]


Un léger pourcentage d’anesthésie chimique intervient parfois mais seulement pour placer plus rapidement la personne dans un état réceptif. Force est de constater que l’hypnose a un effet réel et que cet effet semble se résumer à une « absence mentale ».


"Loin d’être un état modifié de conscience provoqué. L’hypnose est un état normal de l’être humain"


Comment de simples mots peuvent-ils avoir cette force?


Il est essentiel de changer de point de vue. Loin d’être un état modifié de conscience provoqué. L’hypnose est un état normal de l’être humain, au même titre que le sommeil, le sport, l’attention au travail ou toute autre période diurne ou nocturne.


Actuellement, la définition la plus précise de l’hypnose est : capacité du cerveau à adhérer à un imaginaire suggéré.


Pour saisir cette « définition » il suffit de penser à ce qui se passe lorsque l’on est immergé dans un film, dans un jeu vidéo ou dans une lecture passionnante, lorsque l’on conduit longtemps, ou qu’on erre dans les rues, au hasard. Nous ne sommes « plus là ». Alors sommes-nous en état d’hypnose?


L’expérience la plus pertinente est relatée dans un article de la revue Cerveau & Psycho de 2010 qui traite justement de l’adhésion. L’article est de Yannick Bressan docteur ès sciences humaines à l’Université Paris X Nanterre, qui est aussi chercheur en science cognitives et metteur en scène. Pour bien résumer l’expérience à laquelle il se réfère il est difficile de ne pas le citer dans la continuité :


« Le contexte du théâtre peut servir de modèle pour étudier la psychologie de l’adhésion à une fiction. Avec la neurologue Marie-Noëlle Metz-Lutz, au laboratoire d’imagerie et neurosciences cognitives LINC, FRE 3289 UDS/CNRS de l’hôpital civil de Strasbourg, et avec le concours du théâtre national de Strasbourg, nous avons voulu approcher la question de l’adhésion à une représentation mentale au cours d’une expérience pilote mêlant neurosciences cognitives, études théâtrales et philosophie. Il s’agissait d’observer ce qui se passe dans notre tête et dans notre corps lorsque nous adhérons à une fiction. En termes scientifiques : mettre en évidence les corrélats neuronaux et physiologiques de l’adhésion.

Nous avons donc décidé de transporter le théâtre au laboratoire : un comédien joue sur une scène pendant que les participants à l’expérience assistent à la pièce de l’intérieur du scanner situé dans la pièce voisine, par l’intermédiaire d’écouteurs et de lunettes munies de miroirs réfléchissants qui permettent de voir, en position couchée, l’écran vidéo situé au fond du scanner. Grâce à ce dispositif, il est possible d’observer ce qui se passe dans leur cerveau à différents moments clés du spectacle.

Cette représentation théâtrale a été conçue de façon à étudier comment se déroule l’adhésion à une fiction. Comment avons-nous procédé? Lors d’une première répétition de la pièce en huis clos, le metteur en scène a choisi les moments où intervenir sur le jeu de l’acteur, notamment par des indications scéniques, par exemple le déplacement du comédien, l’intonation ou une intention particulière donnée au timbre de la voix ou à un regard, ou encore l’utilisation de l’éclairage. L’équipe scientifique disposait ainsi d’un spectacle « jalonné » par des repères scéniques qui lui permettait d’anticiper des modifications de l’état d’esprit des spectateurs étudiés et d’observer si des modifications physiologiques (les battements cardiaques, par exemple) ou neurobiologiques (l’activité cérébrale) se produisaient en association avec ces modifications »


Les résultats de l’expérience sont sans équivoque. Dans 80% des moments préparés par le metteur en scène l’activité cérébrale des volontaires se modifie. Les chercheurs notent une activation des réseaux de l’empathie, mais aussi de celles qui interprètent les métaphores (un des outils majeur en hypnothérapie notamment) les pensées et les émotions d’autrui – capacité désignée comme étant la théorie de l’esprit. De plus, de manière générale, les sujets voient leur rythme cardiaque ralentir ce qui montre l’influence du système nerveux parasympathique, cette réponse apaisante est typique de la relaxation qui précède l’hypnose. Cette étape de détente a même été proposée par le neurologue américain Salomon Diamond, en 2008, comme étant une mesure quantitative de la profondeur hypnotique. Rappelons que l’état d’hypnose favorise l’implantation de nouvelles représentations. Ce qui se produit dans cette expérience et qui laisse penser que le spectateur sombre naturellement dans un état modifié de conscience. Ce type de modification durant l’hypnose et dans des états végétatifs ou anesthésiques a aussi été observé en 2004 par le neurologue belge Steven Laureys tout comme dans le sommeil comme démontré en 1977 par le neurologue Pierre Marquet de Liège.


« Les moments de basculement où l’on adhère à une fiction, où on la perçoit comme une réalité, semblent donc correspondre aussi bien sur le plan cérébral que pour la variabilité du rythme cardiaque – à un état de conscience proche de l’hypnose. »


Le fait d’adhérer à une fiction nous détache de notre perception du monde physique environnant; ce qui facilite la projection vers une autre réalité. Bressan emploie le mot «éclipse de conscience » comme formulation proche de l’état hypnotique pour décrire l’instant du basculement. En un instant cette éclipse modifierait la manière de se situer dans la réalité et ouvrirait toutes grandes les portes de l’imaginaire. Un imaginaire qui, selon Patrick Verstichel, neurologue au Centre hospitalier intercommunal de Créteil, possède une telle force d’expression qu’elle doit être contrebalancé sans cesse par le cerveau.


L’hypnose : un outil du quotidien


On note des différences entre une personne sous hypnose à laquelle on fait vivre une « aventure » et une personne portant un casque de réalité virtuelle qui s’immerge dans un monde préfabriqué. Cette différence, semble provenir spécifiquement de la non-participation du corps dans l’immersion virtuelle.


A tel point que, depuis 2018, on adjoint à plusieurs jeux vidéo des sièges qui transmettent des mouvements et vibrations au corps. Pour le futur, on s’oriente vers les combinaisons multi sensations (EX : Futurism )


Mais, dans l’immersion hypnotique, le cerveau s’arrange et utilise tous les stimuli et comparatifs sensoriels stockés. Aucun appareillage n’est impliqué, et le résultat est supérieur.


Peu à peu une certitude s’impose. Avec toutes ces absences voulues ou non, il devient évident que nous pouvons passer plusieurs heures par jour dans un état dissocié, tout en étant capable de réagir à notre environnement. En fait, nous induisons nous-même cet état d’hypnose qui semble si naturel à l’humain qu’il l’accepte, sans broncher, et qu’il y trouve même un plaisir profond et une liberté intérieure complète.


"Le plus fabuleux de l’histoire c’est qu’il n’y a nul besoin de transe, pas de « sommeil » ou autre état spécial. Le cerveau demeure conscient mais, en quelque sorte, change sa conscience de place"

Le plus fabuleux de l’histoire c’est qu’il n’y a nul besoin de transe, pas de « sommeil » ou autre état spécial. Le cerveau demeure conscient mais, en quelque sorte, change sa conscience de place et, dès lors, il voit et accepte « autre chose » tout en restant connecté à la réalité courante. Alors si l’hypnose est un état naturel que l’on pratique instinctivement, pourquoi nous semble-t-il si exceptionnel et si extérieur à nous?


En réalité, cet état particulier de l’être humain, est lié à sa nature « animale » et appartient à un comportement presque inconscient. Cet état permet de réaliser des prouesses étonnantes et d’altérer la majorité des sens « cécité passagère, altération de la mémoire, etc. » même en pleine conscience et les yeux ouverts, c’est ce qui nourrit principalement l’hypnose de scène.


A cet effet, Robert Teunisse de l’Université de Nijmegen, aux Pays bas ou Dominic Ffytche et Robert Howard de l’Institut de psychiatrie de Londres ont observé des hallucinations complexes détaillées et réalistes tout à fait similaires à ce que l’on obtient sous hypnose via des suggestions précises. Ce sont des apparitions d’objets, l’observation de scènes naturelles, défilé de personnages de toutes tailles, costume, couleurs et décor mouvants. Le neurologue Patrick Verstichel précise d’ailleurs un point fort important pour nous :


« L’équipe de D. Ffytche a montré que pendant les hallucinations certaines régions cérébrales sont anormalement activées. Il s’agit d’aires visuelles impliquées dans la reconnaissance de certaines formes complexes, des mouvements, des visages ou encore des couleurs. Ces aires situées dans le lobe occipital et le lobe temporal inférieur sont très probablement mises en jeu également chez les sujets normaux durant leur remémoration de certaines informations visuelles. Tout se passe donc comme si, lorsque les stimulations visuelles sont réduites ou altérées du fait d’une anomalie oculaire, ces régions cérébrales privées de suffisamment d’informations provenant de l’extérieur se mettaient à élaborer des images mentales à l’origine des hallucinations. »


Dans le cadre d’une séance d’imagination et visualisation sous hypnose, ou même d’un jeu suggéré, le cerveau va « inventer, créer et construire » une réalité artificielle parfaitement cohérente, capable d’éveiller des sensations et des émotions parfaitement réelles.


En 2018 parmi les expériences les plus diverses qui impliquent l’hypnose au quotidien des marathoniens du Québec ont couru en état d’hypnose, tout en maintenant dans leur esprit un décor imaginaire autour d’eux, une réalité augmentée. Ce décor inventé pouvait devenir aussi réel que la réalité, et les englober au point d’agir sur leur comportement : gestion des douleurs, du stress et du fameux « mur ».


Il est même possible de laisser vagabonder notre esprit vers des hypothèses encore plus troublantes. Vers la physique de pointe notamment, et, les hypothèses gravitationnelles, qui font de notre univers un contexte holographique. Une nouvelle approche qui permet de répondre à bien des questions restées en suspend jusqu’ici. Mais si on applique cette vision à l’esprit humain, cela confirme l’aspect « illusoire » de ce que nous percevons. La glie cérébrale serait un simple reflet de la matière noire, de simples zones de transmission de l’information, un système ancestral « choisi » par l’espèce au fil des siècles. Mais ce système complexe et ancien demeure malléable. Loin de la plasticité dont on parle le plus souvent, le cerveau accepterait des « choix » avec application immédiate, proportionnels à la capacité de « croire » de l’individu. Comme pour une photo holographique brisée, la moindre parcelle de verre contient la totalité de l’image. Aussi, en modifiant un tout petit élément c’est l’ensemble de l’information qui s’adapte.


"la question se pose sur la réalité de ce qui nous entoure"

SI un état aussi commun que l’hypnose nous permet de modifier nos perceptions et de voir le monde autrement au point de considérer des ailleurs imaginaires pour réels. Alors, la question se pose sur la réalité de ce qui nous entoure.


Notre espèce a-t-elle grandi en « choisissant » la définition du monde qui nous entoure et une manière de le voir ? Est-ce que la « réalité » est différente de ce que nous percevons? Ou bien, y-a-t-il plusieurs réalités autour de nous qui n’attendent qu’à être perçues.


L’état hypnotique se révélerait être alors une fonction naturelle de « cohésion », un outil privilégié pour maintenir notre vision du monde en place.

[1] James Esdaile : Mesmerism in India, and its Practical Application in Surgery and Medicine, Longman, Brown, Green, et Longmans, Londres, 1846


[2] Elsevier Masson SAS 2013

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